PRIEURE DE SERRABONE- 9 avril 2026
Le prieuré de Serrabone est un emblématique monument du patrimoine roman de la Catalogne. Les amopaliens s’y sont retrouvés le 9 avril dernier, en fin de matinée, pour une visite commentée, organisée à l’initiative de Serge Pallissé. Avant la visite, nous avons pu déambuler dans le jardin qui présente près d’un millier d’espèces méditerranéennes. Notre guide a commencé la visite par rappel du contexte historique, autour d’une maquette démontable, qu’il a d’abord ramenée au petit bâtiment initial, mentionné dès 1069, église paroissiale d’un petit village montagnard. Il y a ensuite rajouté les différentes pièces, agrandissement de la nef, transept, clocher et bâtiments conventuels, qui, au cours des siècles suivants ont conduit à l’édifice actuel. Dès la fin du XIème siècle, le vicomte de Cerdagne y installe une communauté religieuse mixte, hommes et femmes, clercs, convers et laïcs, obéissant à la règle de Saint Augustin. L’église est transformée en collégiale, avec la nef actuelle, et consacrée en 1151 par l’évêque d’Elne, en présence des abbés de Saint Michel de Cuxa et d’Arles sur Tech. La communauté y prospère jusqu’au milieu du XIV ème siècle puis perd de son importance, devient décadente, et, est rattachée à l’évêché de Solsonna, en Catalogne sud. Au décès du dernier prieur, en 1612, le monastère est abandonné par les chanoines. A la révolution française, son appartenance à l’évêché espagnol de Solsonna l’a protégé du démantèlement occasionné par la vente des biens nationaux. A la fin du XVIII siècle le site est à l’abandon et en 1819 la nef s’effondre. La commune de Serrabone, dépeuplée et appauvrie, est supprimée 3 ans plus tard. Le site, en ruine, est visité par Prosper Mérimée, qui ne l’apprécie pas particulièrement. Il est quand même classé monument historique en 1875. L’évêché de Solsonna le vend en 1894 ; il devient la propriété des Jonquères d’Oriola, qui entreprennent la restauration de la nef et de sa toiture. Finalement le site est acquis par le conseil général des Pyrénées orientales en 1956, sécurisé et progressivement restauré jusqu’à nos jours.
La visite s’est poursuivie autour de la tribune, abondamment décrite et commentée par notre guide. Elle date du XIIème siècle et a été édifiée en marbre rose, provenant des carrières voisines du col de Ternère, tout proche. Elle est l’une des deux seules tribunes romanes encore existantes, l’autre étant dans le piémont italien à Vezzolano. Il en existait une, similaire, à Saint Michel de Cuxa, mais elle a été démantelée par les moines qui en ont réutilisé les éléments pour d’autres constructions. La tribune était destinée à séparer les laïcs des clercs qui occupaient le chœur. Elle avait été démontée au début du XIXème siècle, en partie sauvegardée malgré les vols, et a été restaurée ces dernières années d’après les gravures avec sa balustrade. Ce qui en fait la valeur, outre son unicité, ce sont les éléments de décoration. La façade de la tribune présente aux fidèles l’agneau de Dieu, entouré des symboles des quatre évangélistes avec un décor d’animaux fantastiques et de palmettes qui courent autour de l’arc principal. Sur la façade figurent également des séraphins à trois ailes. Elle est soutenue par des chapiteaux dont certains représentent des scènes bibliques, comme Saint Michel terrassant le dragon. Nous nous attardons sur l’explication de la symbolique de ces décors, la dialectique entre le bien et le mal, particulièrement bien illustrée dans la scène de la chasse au cerf, symbole de l’âme humaine, par un centaure, symbole du mal. De nombreux animaux fantastiques, comme des lions ailés ou des griffons, des fleurs stylisées ou encore des personnages ornent les chapiteaux. Le guide, qui aurait pu poursuivre ses explications pendant des heures a répondu à nos nombreuses questions avant de nous entrainer dans le chœur, dédié à la vierge Marie, où l’on peut voir des traces de fresques du XIII ème siècle, puis dans le cloitre, réduit à une galerie surplombant le ravin, où quelques chapiteaux ont à nouveau fait l’objet de commentaires. Les participants sont repartis, satisfaits de leur visite et émerveillés par ce qu’ils ont vu, vers Ille et la table de can Jordi ou la journée s’est poursuivie dans une ambiance très conviviale.
Can Jordi est une propriété entre Ille et Montalba, qui fait gite et table d’hôte, installée dans le maquis, face au Canigou et dont l’activité principale consiste à élever des faisans et des perdrix pour les sociétés de chasse. Un apéritif en plein air nous attendait, agrémenté d’escargots et de grillades préparés devant nous. Il a été suivi par une fantastique et délicieuse fideua, et un camenbert fondu sur les braises. Pour le dessert, le patron nous a flambé une coca catalane aux fritons. Le vin ayant réchauffé les esprits et les cœurs, des bonnes histoires puis des chants catalans entonnés par le patron, très en verve, ont animé l’après-midi. Le patron, comme Serge Paillissé, Bernard et Marie Rose Krut fait partie de la chorale l’Estudiantine d’Ille, expliquant ainsi sa belle connivence avec les organisateurs de la journée. Le retour à nos domiciles s’est effectué tranquillement, avec pour certains un arrêt au point de vue sur les orgues d’Ille.
Au total une magnifique journée dont on gardera longtemps le souvenir.
Michel Delseny
Photos MB



















