ESPIRA DE CONFLENT - EGLISE SAINTE MARIE -13 JUIN 2026
Dans la douceur matinale du samedi 13 juin, nos pas nous ont guidés vers l’église St Marie d’Espira de Conflent, sous la férule d’Alain Sanchez, conseiller municipal et guide conférencier impliqué dans la vie de son village.
Nous découvrons l’édifice religieux niché dans une « cellera », ce qui est plutôt courant dans la plupart des villages du département. Quel éblouissement une fois nos yeux accoutumés à la pénombre intérieure. Le mobilier baroque est remarquable, éloquent, véritable « catéchisme illustré » acté par le Concile de Trente, visant à réaffirmer la foi catholique face au protestantisme par la théâtralisation et l'émotion.
D’origine préromane, l'église possède le plan traditionnel d’une nef principale et d’un transept formant une croix. Son état actuel remonte aux XVIIe et XVIIIe siècles, marqué par l’adjonction de deux chapelles latérales (du Christ et de Saint-Jean-Baptiste).
Le Retable du Maître-Autel (1663-1664) fut commandé par la population au sculpteur catalan Louis Généres, de l'atelier de Baixas. Conçu à l'origine comme un retable-façade inspiré des palais romains de la Renaissance (Palais Farnèse, frontons antiques brisés), il a été reculé au fond de l'abside au XIXe siècle.
Le Tabernacle, pièce rare d'origine, montre un Christ ressuscité entouré de cariatides en prière. Il fait face à une mise au tombeau impressionnant, créant un axe théologique du couchant/ténèbres vers le levant/résurrection.
A sa droite est exposée la Vierge d’Espira (Fin XIIe - Début XIIIe s.), statue romane en bois restaurée par le Louvre dans les années 1970. Son dos est creusé d'étagères pour ranger le calice et les hosties. Des tresses inusitées ornées de bijoux forment une mandorle autour de l'Enfant. Sa poitrine discrète évoque la maternité.
Cette chapelle renferme aussi de précieux panneaux sculptés évoquant le Songe de Joseph, la Fuite en Égypte et le Massacre des Innocents, celui-ci inspiré d'une gravure de Rubens. Nous pouvons y admirer également un retable voué aux trois archanges Raphaël le guérisseur, Gabriel le messager et Michel, le défenseur protégeant la Sainte Famille, exécuté par Thierry dit le « Maître d'Espira.
En face, la chapelle du Rosaire, dont le culte très fort en Catalogne est lié à la bataille de Lépante, renferme des statues de Saint Sébastien et Saint Roch, patrons protecteurs des épidémies. Des médaillons oblongs figurent les mystères du chapelet. On y trouve découvre une « Cadireta »,une chaise de procession dont la base date du XVIIe s. et le dais plus récent du XVIIIe s. Et là, une curieuse Roue à clochettes (Roda d’Els Esquillens) sauvée par un prêtre local témoigne de l’appel des fidèles aux célébrations pascales.
Comme pour surenchérir sur la théâtralité des volutes baroques, quatre toiles de décor mises en abyme dans une alcôve, appelées « Monumen », s’offrent à nos yeux surpris, créant un écrin mystique au Christ en croix.
La Chaire richement décorée présente des sculptures du Tétramorphe (dont le taureau de Saint Luc, le lion de Saint-Marc, l’ange de Saint-Mathieu et l’aigle de Saint-Jean) et un panneau frontal évoquant la Cène avec Saint Jean endormi sur les genoux du Christ.
Le cheminement vers le fond de l’église nous offre le spectacle impressionnant d’une Mise au Tombeau, représentant une mater dolorosa soutenant le Christ, entourée de Marie-Madeleine, Saint Jean et Sainte Véronique, revêtus d’une fragile toile empesée. Malgré la solennité de la scène, les visages peints gardent une douceur lumineuse.
Nous ressortons de cette belle visite éblouis par cet ensemble baroque exceptionnel. Un grand merci à notre guide passionné et passionnant.
Un soleil radieux a dardé ses rayons au-dessus du jardin du Prieuré où s’est conclue notre visite par une conviviale grillade.
Texte de Marie Caillens
Photos de Cécile Brennan-Sardou
Vue d'Espira de Conflent- Etienne Terras 1890
Huile sur toile- Ville d'Elne








